Regards épars

Il était une fois

De vous à moi

Il y a des jours

Juillet 2008
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Bonjour et bienvenue

Comme l'a dit Françoise Dolto : "Tout est langage".
 Ici c'est mon langage artistique que j'ai envie de partager avec vous.
Mon dire et ma terre. Dire mes mots, mes émois et moi...

C’était un endroit désolé, un plateau aride, où presque rien ne poussait ; La terre était grillée par le soleil, battue par les vents. Pourtant cet homme vivait là, simplement parce qu’il était né ici, cette terre était la sienne, jamais il ne l’avait quittée.

Il vivait en ermite, au rythme de ses envies, il n’avait aucun besoin matériel, il ne possédait rien si ce n’était sa modeste masure rafistolée après chaque tempête. Il se nourrissait de ce qu’il trouvait, c'est-à-dire pas grand-chose, cette terre argileuse n’était pas généreuse. Cependant il avait choisi de rester. Les uns après les autres il les avait vus s’en aller, ses voisins, ses amis, ses proches. Ils étaient partis faire fortune ailleurs.

Lui, il s’était obstiné à rester ici car cette terre qu’il aimait tant se laissait modeler selon ses fantaisies, il s’était découvert une véritable passion pour la sculpture. C’était ainsi qu’il s’exprimait, jour après jour il perfectionnait son art.

Il croisait parfois, au hasard de ses promenades, quelques marcheurs, venus chercher dans cet endroit du bout du monde, un moment de paix. Mais nul ne restait jamais bien longtemps, pressés qu’ils étaient de fuir la poussière, de regagner la ville la plus proche qui se trouvait à plusieurs heures de marche.

Personne ne comprenait rien à cet endroit, ni à cet homme.

Au fil des années il s’était rendu compte que la parole lui était devenu inutile, il n’éprouvait plus aucune envie d’échanger la moindre pensée, la moindre émotion avec qui que ce soit. Cependant, sa sensibilité s’était aiguisée, il ne retenait pas ses larmes devant la beauté d’un coucher de soleil.

Il aimait se promener, contempler les couleurs changeantes au fil des heures ou des saisons, c’était là sa meilleure source d’inspiration. Il partait souvent, muni d’un chariot de sa fabrication, à la recherche de bois utiles à la confection de petits instruments de musique qui viendraient compléter sa collection d’appeaux. Muni de ces petits objets dont il avait le secret, il était capable de reproduire le chant de toutes sortes d’oiseaux. Du colibri au grand duc, en passant par l’Oriole et l’engoulevent, aucun de leur dialecte ne lui était étranger.

Un matin, alors qu’il marchait vers le soleil levant, son regard fut attiré par quelque chose par terre, quelque chose de bleu. Il en fut surpris, la couleur bleue était absente dans la nature environnante. Intrigué, il s’approcha pensant qu’il pourrait avoir la chance d’admirer une fleur ; ce n’était pas une fleur mais une plume. Etrange couleur pour une plume, de plus elle n’était pas livrée au souffle du vent, elle était plantée dans une lézarde, elle semblait avoir poussée.

Il s’assit par terre et s’abandonna à la contemplation de ce phénomène. Elle se pliait sous le poids du vent mais ne s’envolait pas. Il eu envie de la toucher mais se ravisa, comme s’il s’était agit d’une aile de papillon, fragile. Il avait appris que la beauté ne se cueille pas. Il s’allongea tout près pour sentir sa finesse. L’émotion d’une chatouille parvint à transpercer sa peau tannée. Suprême contact, sensation infantile enfouie si loin, trop loin.  Il se prit à rire, le rire aux éclats de ces enfants qui n’ont pas encore vu s’envoler leur innocence.

Puis, telle une bulle, il sentit une subtile caresse l’envelopper, il ferma les yeux, la fragile respiration de la plume était devenue la sienne, il se sentit en apesanteur, tout doucement le sol sous son corps s’éloigna. Il devint léger, si léger qu’il ondulait au gré du vent, ce vent si terrible que tout le monde avait fui n’était à cet instant qu’une fine brise. Il se sentait porté, imperceptible, comme un infime grain de sable dans l’immensité du désert. Son corps ne lui appartenait plus, il n’était plus le maître à bord, c’était enivrant et reposant à la fois. Il était dans le ventre du monde, si petit, si délicat.

Combien de temps dura cet état ? Quelle distance a-t-il parcourue ? Il n’en avait pas la moindre idée, le temps s’était sûrement arrêté. Tout doucement il eu le sentiment de se réapproprier son corps et sans qu’il l’ait décidé, son voyage s’arrêta, ses pieds touchèrent un sol. Il ouvrit les yeux et tout ce qu’il vit lui était étranger : un environnement verdoyant, une végétation abondante, des arbres fruitiers côtoyaient des massifs de fleurs, le soleil était doux. Et puis, une absence totale de vent d’où un silence absolu, nouveau à ses oreilles. Cet endroit, était l’exacte opposition de celui qu’il venait de quitter et pourtant il lui était familier.

Il venait de changer de monde et n’en éprouvait aucune inquiétude, c’était ainsi, il y avait bien longtemps qu’il ne se posait plus de question. Il ne voulait pas gâcher cette plénitude toute nouvelle qui l’avait gagnée. Il fit quelques pas, à la découverte de ce nouveau lieu. Il se délecta du contact de l’herbe sous ses pieds nus. Il marcha pendant plusieurs heures sans rencontrer personne, pourtant il avait l’intuition d’une présence, il savait que quelqu’un ou quelque chose avait été le témoin bienveillant de son voyage. Mais de tous cotés, l’horizon était dégagé, le ciel était d’un bleu sans nuage.

C’est alors que, sans le commander, un son sorti de sa bouche, pas un cri, pas une plainte mais quelque chose qui ressemblait à un appel. Il en fût surpris, cela faisait une éternité qu’il n’avait pas entendu le son de sa voix.

Et puis il le vit ; Dans l’immensité azurée un tout petit point bleu nuit, il l’observa attentivement jusqu’à ce qu’il en distingue la forme. C’était un oiseau, un magnifique oiseau bleu nuit. Il n’en avait jamais vu de semblable, il était émerveillé par sa beauté, il n’osa plus faire le moindre geste. L’oiseau à présent le regardait de son regard céruléen. Il avait la taille de l’aigle et la majesté du cygne.

Ses grandes ailes étendues, il décrivit des cercles au dessus de sa tête puis s’envola en direction du Sud. L’homme solitaire se sentit happé, il le suivit, d’abord en marchant, puis en courant pour ne pas le perdre. Il courait, il courait de plus en plus vite, sans pour autant éprouver aucune fatigue, sans le moindre essoufflement, jusqu’à ce qu’il se rende compte que ses pieds étaient à quelques centimètres du sol. Sans le toucher, l’oiseau tel un aimant, le tirait. Il était en train de voler mais cette fois il en éprouvait une parfaite conscience. Il s’enivrait de couleurs et d’odeurs mêlées que lui offrait cette végétation luxuriante.

Puis leur course se ralentit tout doucement jusqu’à prendre fin. Il était au bord d’une falaise. Il leva les yeux mais ne vit plus aucune trace d’oiseau, le ciel tout entier était devenu bleu nuit. Un ciel immaculé comme on en voit dans les tableaux surréalistes. C’était un spectacle éblouissant et il en était l’unique spectateur.

En bas il y avait la mer, une mer paisible sur laquelle un bateau était amarré. A ses pieds, un sentier prenait naissance, un sentier qui conduisait jusqu’à une plage, il l’emprunta. Arrivé en bas, il lu les lettres bleues étincelantes de son prénom sur la coque du bateau, la plume qui les avait peintes avait du être trempée dans le ciel. Il se dirigea vers son embarcation, se laissa fondre dans l’eau tiède et découvrit qu’il savait nager. Il monta à bord, pris les commandes et mis le cap sur le Sud.

Il partit à la découverte de ce monde qui l’avait vu naître. Peu à peu, sans qu’il y prenne garde, la parole lui revint et il connu l’échange, il avait tant à apprendre, il avait tant à donner. Le bel oiseau qui avait perdu sa plume, il ne le rencontra plus jamais mais il rencontra l’amour et ne le laissa pas s’envoler.

publié dans : Fictions
Mercredi 29 mars 2006
par PapAnne ajouter un commentaire commentaires (0)   

Ce dimanche matin-là quand elle a ouvert ses volets, le soleil était déjà levé, les oiseaux aussi. Elle a regardé la colline avec son grand hêtre qui représentait le décor matinal qu’elle préférait, c’est en la contemplant plus attentivement que d’habitude qu’elle eut la surprise d’apercevoir une silhouette, il y avait quelqu’un assis au pied de l’arbre.

Qui était-ce ? Que faisait-il là ? Etait-il là depuis longtemps sans qu’elle l’ait remarqué ?

Ce jour qui commençait s’annonçait différent des autres, peut-être parce que c’était le premier jour du printemps. Elle a mis une robe à fleur, elle a relevé ses cheveux en un chignon sommaire, elle a souri à l’image que lui renvoyait son miroir et d’un pas décidé, elle a grimpé sur la colline.

Cet homme adossé au pied de l’arbre était un vieillard, sa peau était celle d’une pomme fatiguée d’attendre qu’on la cueille. Il semblait avoir traversé plusieurs siècles pourtant son dos n’était pas voûté, son regard était doux. Elle s’est assise à coté de lui, il n’était pas plus grand qu’elle, sa respiration était calme. Il sentait l’odeur du sous-bois, la mousse, le champignon.

Qui était ce vieil homme ? Pourquoi était-il là ? D’où venait-il ? Qu’avait-il vécu ? Un millier de questions se bousculaient dans sa tête, elle avait trop de questions pour n’en poser qu’une, alors elle n’a rien dit. Elle a goûté le silence. Elle a lutté contre son corps pour ne pas bouger, elle n’a pas écouté la voix qui lui disait qu’elle n’avait pas le temps de ne rien faire et au bout d’un long moment qui lui a paru une éternité, elle s’est laissée aller à ne plus penser à rien. Alors, à cet instant, le visage du vieillard s’est éclairé d’un sourire, un sourire impudique qui engage un être dans sa totalité. Elle l’a accueilli avec tant de gêne qu’elle est partie, elle a regagné sa vie de femme pressée.

Les jours suivants lui ont paru vides, elle n’est pas retournée s’asseoir près du vieil homme, déstabilisée qu’elle était d’avoir fuit. Plusieurs semaines ont été nécessaires pour chasser toutes les questions qui l’assaillaient.

Il pleuvait ce matin-là lorsqu’elle s’est réveillée, le vieil homme était timidement abrité par le mince feuillage de l’arbre. Elle eut envie de le rejoindre. Telle une enfant bravant les interdits de sa mère, le sourire au coin des lèvres, elle est sortie pieds nus, sans parapluie ni imperméable. Elle a couru jusqu’à la colline. Une fois en face de lui, elle lui a rendu le sourire qu’elle lui devait et elle s’est mise à grimper dans l’arbre, elle a escaladé les branches les unes après les autres jusqu’en haut. Rendue à la cime elle s’est assise et, le nez en l’air, elle a reçu le clapotis de la pluie sur son visage. Sa bouche s’est ouverte, elle a bu, c’était bon. Une fois redescendue, elle s’est postée devant l’homme et elle a planté ses yeux dans le bleu des siens, ils pétillaient.

Tout était bien, les questions avaient disparues, elle se sentait entière.

Toute la journée durant, elle eut le sentiment de ne pas toucher terre. Personne autour d’elle ne remarqua rien et c’était tant mieux, elle n’avait pas envie de partager.

Elle prit pour habitude d’aller s’asseoir auprès du vieil homme tous les matins avant de se rendre à son travail. C’était pour elle un moment nécessaire, une petite bulle récréative hors du temps, hors du monde. Les jours passèrent ainsi, puis les semaines, leur deux corps à quelques millimètres l’un de l’autre, leurs respirations jointes, sans que jamais l’un deux ne prononce le moindre mot. Un jour, la tête de la jeune femme est venue se poser sur l’épaule du vieillard.

Elle a été envahie par un tourbillon d’odeurs, elle s’est fondue dans le sous-bois, elle s’est roulée dans la mousse, les fleurs de sa robe se sont mêlées aux champignons. Ce lieu qui se livrait à elle dans le petit matin était peuplé d’innombrables arbres, ils cohabitaient, toutes générations confondues, chacun avait sa place. D’un pas hésitant elle a avancé, les feuilles sèches crissaient sous ses pieds nus, les oiseaux entonnaient leur chant quotidien. Elle les a écouté comme si elle les entendait pour la première fois, elle a contemplé tout ce qui l’entourait telle une aveugle qui viendrait de recouvrer la vue ; les nuances de couleurs, les jeux de lumière, la diversité des formes. Un frisson lui a parcouru le dos, son être tout entier fut agité de tremblements. Ses yeux se mirent à pleuvoir, une pluie fine a ruisselé sur ses joues, le long de son cou, entre ses seins. Cette ondée n’a cessé que lorsque tout son corps fut lavé.

Puis au bout de l’allée, elle vit le grand hêtre, il trônait en doyen, plus majestueux que jamais, éclairé par le soleil naissant, comme un artiste sous les feux de la rampe. Elle s’approcha de lui, elle était si petite à ses cotés, elle l’encercla de ses bras, s’imprégna de son odeur, elle sentit un frétillement sous son écorce. Il avait l’air si robuste et pourtant si fragile.

Elle recula d’un pas pour l’observer, affûta son regard pour en distinguer le plus haut feuillage. Une de ses feuilles se détacha de la plus haute branche, elle accomplit une longue et légère danse avant de venir se poser dans le creux de la main ouverte de la jeune femme. Elle sourit, de ce même sourire lumineux qui lui avait été offert quelques jours auparavant. Elle referma la main sur ce précieux cadeau, elle se laissa glisser au sol, se lova contre le tronc et fatiguée, s’endormit.

Elle se réveilla près du vieil homme, elle lui prit tendrement sa main ridée et fit glisser dans une caresse la feuille que le grand hêtre lui avait donnée. Puis elle se leva et descendit de la colline. Elle était à présent quelqu’un d’autre, elle était elle, enfin.

Le lendemain matin lorsqu’elle ouvrit ses volets, le soleil était déjà levé, les oiseaux aussi,  mais le vieil homme n’était plus là. Elle marcha d’un pas tranquille jusqu’en haut de la colline, enlaça le tronc de son arbre puis son regard se posa sur le sol et elle vit qu’à ses pieds, à l’endroit où se tenait hier encore le vieil homme, une fleur avait poussé. 

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Mercredi 29 mars 2006
par PapAnne ajouter un commentaire commentaires (1)   

A l’autre bout du monde, tout en haut d’une tour d’émeraude vivait la princesse Suzana, elle vivait isolée depuis 325 ans et 2003 jours. Pour atteindre le donjon de cette tour il fallait gravir un escalier composé de 4000 marches de cristal mais d’un cristal si fin, si friable que quiconque aurait mis un pied dessus l’aurait détruit, c’est du moins ce que l’on disait mais nul n’avait jamais essayé.

Il existait cependant un autre passage mais seul le personnel de la tour y avait accès.

Sa vie s’était organisée simplement rythmée par les taches indispensables à sa survie. Sa parole s’était envolée un matin par la fenêtre ouverte, ses rêves aussi, il y avait bien longtemps qu’elle avait cessé de croire au prince charmant qui viendrait l’enlever sur son beau cheval blanc.

Ses souvenirs s’étaient effrités, il était loin le temps de son enfance où elle vivait en compagnie de son peuple... son peuple, qu’était-il devenu, qui se souciait d’elle ? Personne.

Elle aimait les fleurs et dès son plus jeune âge elle avait entrepris d’en cultiver une : la différence, c’était une très belle fleur mais très fragile, elle ne se plaisait pas partout, la plupart des autres princesses avaient choisi des fleurs beaucoup plus simples d’entretien comme l’indifférence (pas très jolie mais vivace) ou bien l’intolérance (pas mal non plus bien que piquante) ou encore l’égoïsme (plante grimpante envahissante) à cette époque là, la solidarité n’avait pas encore était expérimentée.

Elle ne compris pas tout de suite que sa vie serait si dure à vivre, elle a même changé de royaume mais ça n’était pas mieux, partout dans tous les jardins les fleurs était donc les mêmes ?

Heureusement dans cet univers il y avait les potions magiques. Toute une panoplie de philtres et mixtures ensorceleuses. Alors elle en a goûté, c’était bon, le malheur s’envolait... Elle en a bu encore et encore tout ce que son coeur lui demandait et puis encore, et puis souvent car le désespoir revenait ....

Mais c’était il y a bien longtemps, plus besoin de potions maintenant qu’elle était à l’abris dans sa tour d’émeraude...

Rien ni personne ne pourrait plus troubler son calme, elle ne demandait plus que la paix.

Et puis un jour, alors que sa fenêtre était ouverte, comme toujours, une colombe est entrée dans sa chambre déposant une lettre sur son lit. C’était sûrement une erreur, cela faisait des siècles que personne ne lui avait écrit. Pourtant il y avait bien écrit « Princesse Suzana » sur l’enveloppe. Non elle ne rêvait pas, quelqu’un s’intéressait à elle. La lettre ne mentait pas.

Sans qu’elle la commande la porte de son coeur s’est ouverte et la fontaine a coulé, inondant tout sur son passage, elle a laissé faire, c’était doux. Les larmes pouvaient donc aussi être douces!

Ca n’était pas le prince charmant mais qu’importe, sa vie ne ressemblait pas à un conte de fées. Mais comment monter les 4000 marches de cristal. Et si l’escalier se brisait!

Ce que la légende a oublié de mentionner c’est que l’escalier de cristal ne se brise que sous le poids du mensonge. Tous les cultivateurs de fleurs faciles, petits juges et autres mauvais coeurs se verraient engloutis à jamais sous les 4000 marches. Quant aux colombes, princes charmants et autres personnages VRAIS au grand coeur les 4000 marches leurs sont solides comme du béton.

La voie était libre.....

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Mercredi 29 mars 2006
par DélivrAnne ajouter un commentaire commentaires (0)   

Après avoir délaissé sa plage pour une mer sans vague à des kilomètres de là, après tous ces jours passés si loin, riches de découvertes mais perpétuellement noyés dans le manque, la voilà enfin de retour. Si pressée d’entendre ce roulis, si pressée de se fondre dans la douce bleue qu’elle ne prêta, tout d’abord, aucune attention aux petits trésors qui peuplaient le sol. Ce n’est qu’après un long moment de bercement de vagues qu’elle partit faire quelques pas, déplorant seulement de ne pas avoir été la seule à avoir eu l’idée du « farniente plage » en cet après-midi de fin août. Elle s’attarda sur un galet bicolore au dessin entrelacé qui lui rappela les gâteaux marbrés de son enfance. Puis elle fouilla le sable en quête de coquillages noirs, ils étaient ses préférés.

C’est alors qu’elle le vit, là devant elle, offert au piétinement de tous les baigneurs. Faisant figure d’intrus dans ce décor maritime il attisa sa curiosité. Non, ce n’était pas un coquillage, pas plus un crabe ou une méduse. C’était quelque chose qui ressemblait à un « Chamallo ». Sans crainte, elle s’en saisit, le mit dans le creux de sa main et se demanda ce qu’un chamollo pouvait bien faire là. Elle avait dû parler tout haut parce qu’une voix fluette lui répondit :

« Je t’attendais ».

« MOI ? ».

« Oui, TOI, c’est bien toi qui a besoin d’oubli, non ?».

«  Heu… oublier quoi ? ».

« Ho !! Tu as déjà oublié, sans même m’avoir croqué ? Mes pouvoirs sont de plus en plus puissants !

Sache ma fille, que je suis une gomme. Une gomme spéciale et magique tu dois t’en douter, vu ta tête ahurie ! J’ai le pouvoir d’effacer tous les actes que la vie nous contraint à commettre et que nous regrettons tant, toutes les peines et chagrins causés par tant d’incompréhension, bref toutes les erreurs qui provoquent tant de blessures au cœur.

Ton cœur, comme celui de tous les humains est composé de deux compartiments distincts : les émotions positives et les émotions négatives. Il est dangereux d’avoir le coté négatif plus lourd que le coté positif car il finit par devenir tout puissant et anéantir son confrère. Dans certains cas hélas, je dois te dire que l’individu fini par mourir de chagrin. Mais ne fais pas cette tête, ça ne t’arrivera pas puisque je suis là. Ho, tu sais, je suis débordé, les humains agissent tellement souvent sans réfléchir… je me suis laissé dire que c’était ta spécialité, non ? Mais j’arrête de te taquiner, je parle trop, je vais me mettre en retard!!

Donc, où j’en étais ? Ha oui  le mode d’emploi : tu me croques, tu m’avales et hop… nettoyée ! Et puis tu ne te souviens plus de moi (heureusement pour toi, imagine si tu allais raconter ça… déjà que tu es un peu folle !…). Ne t’inquiète pas pour moi, une fois ma mission terminée, je m’échappe de ton corps par un soupir et je pars à la rencontre d’un autre individu qui m’aura appelé ».

«  Mais moi, je ne t’ai pas appelé !! »

«  Ha bon ? Tu ne viens pas chercher l’oubli sur cette plage ? 

Ma pauvre fille, ton cœur est si plein de peines et de regrets qu’il pèse trop lourd, tu ne parviens plus à le vider par la fontaine de tes larmes… mais je suis trop bavard et je vois tes yeux qui s’embrument, dépêche-toi de me croquer, je n’ai pas que ça à faire et puis le sable me colle partout et le sel contrarie ma saveur sucrée… vraiment la mer ça n’est pas pour moi.

Figure toi que je suis attendu par un charmant jeune homme très étonnant, il a tant de choses à gommer qu’il s’est impatienté, pourtant crois-moi c’est quelqu’un de patient !!!...Mais là, c’était tellement dur qu’il a commencé à gommer sans moi. (Le seul aspect positif de ce gommage « sauvage » c’est qu’il ne devrait pas trop me retarder, il a tellement gommé qu’il a oublié qu’il savait parler). Malheureusement il ne sait pas, bien sûr, que je suis la seule gomme aux pouvoirs magiques, les autres gomment au hasard non seulement les peines et les regrets mais également… les souvenirs… les mauvais mais aussi les bons, tu te rends compte ?! Et je ne peux pas toujours réparer tous les dégâts, alors s’il te plait, vite croque moi , je crois qu’il est en train d’oublier qu’il est quelqu’un de bien !!!».

Devant tant d’urgence, sans plus poser de question, envahie qu’elle était par une confiance innocente et surtout oubliant qu’elle n’aimait pas plus la guimauve que les saveurs sucrées, elle ne fit qu’une bouchée de ce chamallo bavard.

Un petit crépitement descendit le long de sa gorge, chemina par tout son corps et vint bouillonner dans son cœur. C’était le 14 juillet au creux de sa poitrine ! Un sourire radieux illumina son visage et elle se sentit légère, si légère qu’un long soupir semblant venir des profondeurs de son âme s’échappa de son corps. Il s’envola dans l’azur de cet après-midi de fin d’été, pressé qu’il était de rencontrer celui qui, sans le savoir, l’attendait…

Elle, elle était désormais si légère que, ce jour-là, elle rentra chez elle en volant. 

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Mercredi 29 mars 2006
par RêvAnne ajouter un commentaire commentaires (1)   

Il était une fois une maison marmotte à deux étages. Au premier étage vivait la maman et au 2ème le fils. C’était tout, c’était une toute petite famille. Il existait un papa, bien sûr, mais il ne vivait pas dans cette maison. Le fils aurait bien aimé que son papa vive au 1er étage de sa maison mais on ne lui avait pas demandé son avis. C’était comme ça chez les marmottes, c’était les adultes qui décidaient.

Mais ça, le marmotton, il refusait de le comprendre. Il pensait qu’il avait le droit de faire tout ce qu’il voulait, surtout si ça embêtait sa maman. Il avait pris l’habitude de lui répondre quand elle tentait de lui imposait quelque chose, il lui parlait très mal avec des mots pas jolis. Bref, il pensait qu’il était le Chef de famille, qu’il était le Chef du 2ème étage mais aussi du 1er.

Il s’était mis à envahir l’étage de sa maman quand il le souhaitait, il entrait sans frapper, surtout la nuit quand elle dormait (et les marmottes dorment beaucoup vous le savez). Il voulait à tout moment savoir tout ce qu’elle faisait, même si c’était fatigant pour lui et pour elle. Il voulait connaître toutes les marmottes qu’elle rencontrait, toutes celles à qui elle téléphonait. C’était pourtant difficile ce travail de surveillance, mais il était très doué ce marmotton.

Parfois cette situation le gênait quand même un peu alors il devenait désagréable et exigeant, on aurait pu penser même qu’il était méchant.

Mais ça n’était pas de la méchanceté, c’était juste de la colère et surtout de la peur.

Colère contre sa maman d’avoir quitté son papa.

Colère contre sa maman qui avait tant de mal à lui dire non.

Colère toujours et uniquement contre sa maman parce que sa maman pouvait accepter toutes ses colères.

Peur de la perdre sa maman.

Peur de ne plus pouvoir la « contrôler ».

Peur qu’elle ne l’aime plus puisqu’il était si pénible !

Peut-être que sa maman arrivera un jour à lui dire NON, un vrai NON plein d’amour, (ça existe vous savez !) Peut-être qu’il se sentira perdu, peut être elle aussi se sentira perdue... ou peut-être pas.

Peut-être que sa maman arrivera un jour à lui dire qu’elle l’aimera toujours et sans condition, qu’elle est sa maman et qu’elle le restera toute sa vie, mais qu’elle est aussi une marmotte, une marmotte qui a besoin de vivre sa vie, de la contrôler toute seule et pourquoi pas un jour de rencontrer un compagnon marmotte pour avoir de la compagnie et puis des câlins, c’est pas mal les câlins ! parce que lui, même s’il est, pour elle, le meilleur des fils du monde, il ne sera jamais ni son compagnon ni son mari et des fois elle se sent un petit peu seule. Les marmottes sont tellement compliquées !

publié dans : Fictions
Jeudi 30 mars 2006
par Anne ajouter un commentaire commentaires (4)   
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