Petits trésors glanés lors de promenades, dessins, peinturlurages et autres collages, petits poèmes pondus sur l’émotion d’un instant ou puisés au plus profond de leurs âmes… Tous ces petits trésors offerts à la personne qui leur a apporté amour, amitié, empathie, écoute, rêve, rires…
Je ne parle pas là, bien sûr, de l’objet imposé par la maîtresse, peint selon le modèle et sans dépasser, accompagné de la mièvre poésie de Maurice Carême soigneusement recopiée sans faute pour la traditionnelle fête des mères (le classique collier de nouilles du regretté Pierre Desproges !).
Moi qui ai plus pâtouillé pour les gens que j’aime que pour moi-même, je mesure la « grandeur » de ces cadeaux VRAIS ! Ma difficulté réside dans l’accueil de l’objet (jamais à la hauteur à mon goût mais je fais selon mes possibles).
Je me souviens un jour, à la fin d’un spectacle en médiathèque, une petite fille de 5-6 ans, vient me voir pour me féliciter. Sa maman me dit qu’elle aime beaucoup ma façon de raconter et qu’elle était déjà là l’année d’avant lors ma précédente prestation, l’enfant me fait un sourire, un bisou et m’offre un collage : je lui dis merci, lui fais un bisou aussi. Arrivée chez moi je regarde le collage plus en détail et je tire sur une partie coulissante qui découvrait un petit bout de papier sur lequel était écrite la formule magique issue du conte que j’avais raconté un an plus tôt (cette formule magique avait pour modeste objectif de sauver le monde !).
Ainsi cette petite Chloé qui après un spectacle de contes donné dans son école hier après-midi, est venue nous trouver à la pause, ma collègue et moi, nous tendant un sac ouvert sur des fossiles qu'elle avait trouvés elle-même... Comme je me contentais de les observer, elle me dit : « prends-en un, c’est pour toi » : waouh ! J’ai pris le temps de le choisir et de la remercier mais… comment lui dire… comment lui dire à quel point ce geste me touche, me regonfle.
Ces gestes viennent me dire que non, je ne me suis pas trompée de mission, même si c’est dur, même si on galère pour décrocher des contrats, même si on tente de nous faire croire que le conte, le théâtre, la culture en général ne sont qu’accessoires, même si on tente de zigouiller l'art sous toutes ses formes… et bien non, je ne lâcherai jamais… même pour le seul « salaire » d’un objet symboliquement offert, d’un visage illuminé de merveilleux, d’un sourire, d’un mot, d’un regard ! Merci petite Chloé, merci l’Enfant, merci d’être là car sans toi, moi je n’y serais plus.

De vous à moi