
Ne plus pouvoir
faire sans.
Faire sens
pour ne plus faire sang…
Dire et Terre


Oui, ben fais gaffe parce que je te vois !
Si ! Je te vois… Là… oui, là !
M’en fout d’être en retard, je fais ça que je veux d’abord !
Voilà. Tu l’as voulu, tu l’as eu… Alors pouet, pouet, t’arrête de dire que j’ai mieux à faire qu’à répondre à tes appels-puzzles, et pis c’est tout !

Le grand rejeteur c’était un méchant. Il était invisible et il rentrait dans le corps de ceux qui doutent… Elle, c’était une aimante, mais une aimante douteuse. Elle aimait de l’amour vrai qui prend tout entier comme on est tel quel sans poser de question parce que c’était comme ça et pas autrement. Des fois, elle aimait le dire avec des mots diffissimples mais d'autres fois elle avait peur. Elle avait peur du grand rejeteur qui dit toujours des choses cassantes à l’oreille et qui creuse avec ses dents pointailles dans le ventre. Il pouvait arriver n’importe quand, surtout quand c’était beau. Elle le sentait venir de très très loin et pourtant il la surprenait toujours. Plus elle essayait de se boucher les oreilles, plus elle l’entendait fort. Elle aurait bien voulu dire mais elle ne pouvait pas, le grand rejeteur lui collait la bouche… Alors il ne lui restait plus qu’à laisser pleuvoir. C’était dur. Très dur, parce que personne ne comprenait rien, surtout ceux qu’elle aimait. Elle aurait bien voulu être sûre comme les autres, les grands aimants… Mais elle, c’était pas pareil, c'était une douteuse.
Elle aimait de ses bras, dès qu’elle voyait son aimanteur, ses bras poussaient. Elle passait ses journées à dire à ses bras d’arrêter de pousser parce qu’elle savait qu’un jour le grand rejeteur allait s’occuper d’eux, c'était sûr… et elle avait peur ! Alors tout doucement elle testait… elle laissait un peu pousser pour voir… c’était doux. Et plus c’était doux, plus ses bras avait envie de pousser et plus ils poussaient, plus elle avait peur et plus elle avait peur et moins elle avait peur… elle était un peu perdue mais tant pis, elle aimait bien et puis elle avait l’habitude d’être perdue. Dès fois, elle faisait celle qui n’entendait pas ses bras qui voulaient pousser, juste parce qu’elle avait peur d’avoir des bras étouffeurs, elle les boudait des fois ses bras… Et puis un jour, le feu de ses bras l’avait piquouillé encore plus que d’habitude, ce jour-là était un jour important parce que c’était le dernier jour des jours. Elle avait réfléchi au moment où elle allait les laisser pousser, elle y avait pensé plus que plus… elle avait peur du grand rejeteur mais elle faisait celle qui était la plus forte, y avait des jours où elle se croyait forte. Ses bras l’avaient piquouillée jusqu’aux flammes et puis elle les avait laissés pousser comme dans ses rêves… Mais le grand rejeteur était là, caché derrière son ventre, il attendait juste le bon moment…
Ce jour-là a été le dernier jour de ses bras parce qu’ils ont poussé dans le vide. Ils se sont étirés, ils ont fait le tour encore et encore mais ils ont rencontré du rien. Elle a senti les cubes de son dedans qui tombaient comme des cubes qui tombent, elle a senti le vide du dehors qui rentrait et elle a entendu les mots pabos du grand rejeteur qui venaient lui salir les oreilles et lui coller la bouche. Ses mots à elle, elle aurait voulu les dire mais ils sont restés dans sa bouche et personne ne les a entendus… Elle aurait bien aimé crier ou partir mais il n’y eu que la pluie et le rien.
Maintenant elle a peur, encore et toujours très peur parce qu’elle sait que cette fois ses bras vont s’arrêter de pousser, elle n’arrive plus à faire la forte et à leur dire que c’est la faute à personne et que peut-être qu’une autre fois il y aura un autre jour et que ses bras rencontreront encore du plein… Non, ses oreilles ne la croient pas et ses bras sont froids comme tout son corps.
Oui... Le grand rejeteur, c’est un méchant.
Mon corps me JEU,
Il me joue,
Il me joue sans règles du jeu.
Il me meurt,
A petit feu.
Des choses que je comprends
De moins en moins.
Les jambes, les bras,
Et maintenant la gorge.
A l’échec, au vide.
A l’incolmatable gouffre.
Dans le dos,
Pour m’envoler très très haut…
Bientôt ?

Frida Kalho - 1907-1954
Autoportrait : La colonne brisée - 1944

Eclair. Un éclair dans la chair.
Zip… Tranchée.
Béante, vivante,
Ouvrable… Ré-ouvrable,
La fermeture.
Non, je ne veux pas qu’on t’ouvre encore.
Je ne veux plus d’intrus dans mon corps.
Je veux fermer, la fermer, je veux te fermer,
Te fermer pour toujours.
Peau neuve.
Gommer… le mal, la mort, le sang, l’éclair.
Toucher, lisser, caresser.
Oser te toucher.
Ne plus avoir peur.
Réparer.
Je veux te réparer.
Je veux me réparer.
Zip… fermée.
La fermeture.
Eclair.
De vous à moi