En bas dans la vallée, entre
les deux montagnes pointues vivait Abandine. Elle habitait là depuis le jour où elle avait décidé de vivre, elle était rieuse parce que sa vallée était comme elle voulait : belle et fleurie. Elle
s’amusait à composer des phrases papillons pour la décorer jolie. De par tous les morceaux de vie de la terre de cette vallée poussaient des joimis et Abandine passait son temps à les soigner.
Elle les arrosait comme une vraie sourceuse pour les aider à pousser beaux et bien stabilidroits. Pour cela, avec un gros morceau de vie de terre et les gouttes de son cœur elle avait sculpté un
puits. Tous les joimis avaient laissé pousser leur racines jusqu’à lui, certains savaient faire les chatouillis-câlins contre ses parois pour l’aider à se regoutter… C’était magicobien !
Un jour, un joimi a poussé de travers, ça n’était pas la première fois que ça arrivait mais celui-là, il avait un cri de vie plus chantonnant
que les autres, un cri qui appelait les phrases papillons. Elle en a fait danser toute une colonie autour de lui et elle lui a versé des gouttes-tuteurs sur la tête, ça lui a plu ; comme il était
aussi rieur qu’elle, il a ri et dans la vallée il a fait beau, il a fait chaud ! Elle l’a arrosé le jour, elle l’a arrosé la nuit et puis encore la nuit et puis encore le jour et même encore
plus… Son joimi buvait tout, il commençait à devenir un peu plus stabilidroit. Mais le puits se vidait trop, il n’arrivait plus à se regoutter assez vite. Abandine le voyait bien mais son joimi
était plus important que tout et puis il y avait aussi tous les autres à arroser. Alors elle a arrosé toujours et encore, elle a dansé la danse de la fontaine en chantant des phrases
papillons…Mais le joimi a commencé à se sentir un peu trop mouillumide, il ne savait pas s’essorer, peut-être qu’il aurait fallu qu’il chatouille les parois du puits mais il ne savait pas comment
faire. Quand il a été carrément trempouillé il a eu très peur de se noyer alors il a coupé toutes ses racines et il est parti…Comme il ne savait pas non plus faire les zorevoir, il est parti pour
toujours.
Abandine est tombée dans le fond du puits, là où les gouttes sont sèches… elle a décidé qu’elle n’en sortirait jamais. Elle a cultivé un
morceau de vie de terre caché tout au creux d’elle, rien que pour lui et elle l’a arrosé de rêves. Dehors les autres joimis étaient un peu secs aussi, ils ont essayé de chatouiller les parois,
même ceux qui ne savaient pas ont essayé, mais ça n’a pas suffi. Dans la vallée, de nouveaux joimis avaient envie de pousser mais sans arrosage ils ne pouvaient pas, ça devenait moins
fleuri.
Abandine avait peur et puis elle avait mal aux racines cassées. Elle est restée longtemps au fond du puits sans bouger, ses joimis lui
envoyaient des phrases papillons pour qu’elle se sente moins seule. Elle savait qu’il lui faudrait sortir un jour parce que dehors ils l’attendaient tous, il faudrait qu’elle fasse encore
l’arroseuse puisqu’elle était une arroseuse. Mais elle avait tellement peur ! Elle avait peur qu’un jour il revienne, qu’elle le voit traverser sa vallée, lui, bien strabilidroit, chantonnant et
rieur avec toutes ses racines refermées. Elle savait qu’il reviendrait, les papillons le lui avaient dit… Mais pourquoi ? Pourquoi cette vallée, il y en avait tant d’autres… Elle, elle serait là
pour le regarder passer mais lui, il ne la reconnaîtrait même pas.
De vous à moi