- Quand j’étais dans son ventre elle me berçait avec ses mains, elle me disait : « coucou bébé, vient mettre ta tête dans ma main » et j’y
allais comme un petit poisson. Des fois elle le disait dans sa tête et ça marchait pareil. Quand elle s’ennuyait avec les adultes on jouait au petit poisson. Un jour elle a acheté une place
d’Opéra (moi j’ai pas payé, j’étais cachée dans son ventre) c’était « la flûte enchantée », on était que toutes les deux dans la loge, elle m’a racontée toute l’histoire. Elle
disait : « tu entends là bébé… ces vocalises, écoute comme c’est beau c’est la reine de la nuit et là c’est Papageno, il est drôle déguisé en oiseau… ». Elle croit que c’est pour
ça que je chante à l’opéra maintenant.
- Moi, quand j’étais dans son ventre elle me laissait toute la place pour que je fasse tout comme je voulais. Elle se reposait beaucoup, elle avait peur que
je sorte avant comme toi, alors je suis sorti après pour la rassurer.
- Moi, dès que je suis sortie de son ventre et qu’on m’a posée sur son sein, elle m’a racontée mon histoire dans le creux de l’oreille avant qu’on m’emporte
dans la couveuse. Plus tard elle a appris que les mères africaines font ça aussi.
- Moi, quand je suis sorti de son ventre, elle a insisté pour qu’on me mette tout de suite à son sein pour que je boive, elle a dit que c’était important et
urgent et je l’ai fait.
- Moi, quand je suis partie en couveuse, elle venait me voir tous les jours et elle ne me laissait pas dans l’aquarium, je passais l’après-midi sur son
ventre, c’était presque comme si j’étais encore dedans. Y avait des infirmières qui râlaient à cause des tuyaux que j’avais partout mais elle s’en foutait.
- Moi aussi à la clinique je dormais sur son cœur, elle aimait pas le lit en plastoc.
- Après à la maison, j’avais un lit en rotin qui faisait pas cage.
- Moi, à la maison, j’avais un matelas par terre avec des coussins, quand je grandissais on poussait les coussins et quand j’ai commencé à marcher à 4 pattes
je me levais tout seul.
- J’aimais bien quand elle me portait dans le sac ventral et puis quand j’ai été trop grande c’est papa qui me portait dans le sac à dos.
- Moi, elle avait fabriqué un truc en tissu, comme un écharpe. Je me cachais dedans, je dormais et des fois je tétais en cachette, je pleurais jamais
là-dedans.
- Ha oui, je m’en souviens elle avait fabriqué le même pour Kouka, ma poupée noire, je faisais semblant qu’elle tétait aussi!
- Quand on allait chez le pédiatre, », il parlait de vitamines, de fluor… elle répondait : « sein » il souriait, il le savait qu’elle avait
raison. A la page « régime alimentaire » y avait qu’un seul mot écrit : « sein ». Quand j’ai un peu grandi il a encore essayé de parler d’aliments. Elle a dit :
« c’est lui qui décidera du moment où il aura envie de manger autre chose, il se sèvrera tout seul quand il voudra, c’est sa liberté ». Ca a marché, j’ai toujours choisi ma bouffe,
c’est cool, enfin… choisi… y a des règles quand même hein ! Jamais vu passer un biberon et encore moins une sucette, j’avais mon pouce et elle disait pour rigoler et pour choquer les gens
qui comprenaient pas : « pas de silicone entre nous, rien que de la peau ! ». ha ha ha !
- C’est parce que le mien de pédiatre il lui avait fait faire plein de bêtises avec l’alimentation et surtout avec plein de médicaments forts et
d’opérations, plus je prenais de médicaments, plus j’étais malade. Un jour elle a tout mis au WC et elle a tiré la chasse en criant : « ça suffit !» et elle a changé de docteur et
de médecine, puis elle m’a demandée pardon mais c’était pas sa faute, elle savait pas. Ca a marché j’ai plus été malade.
- C’est pour ça que j’ai pas été malade moi et que toujours elle dit : « mon fils n’a jamais pris un seul antibiotique ! » et y en a qui
disent : « t’as de la chance ! » : n’importe quoi !
- C’est pas pareil d’être le premier ou le second. Pas pareil du tout. Moi j’aurais préféré arriver en second.
- Moi j’aurais préféré arriver en premier, t’as eu plus de trucs!
- Ho que non ! c’est le contraire !
- Non !
- SI !
- NON !!!
- SI !!!!
…
De vous à moi